Alors que s’est ouvert lundi dernier la session criminelle spéciale à laquelle étaient invités à comparaître, Sylavia Bongo, son fils Noureddin Bongo et plusieurs de leurs proches pour des faits de blanchiment, détournement de fonds publics, etc., un autre dossier fait parler de lui. Celui d’un blanchiment de 12 milliards dont le chef d’orchestre n’est autre que Mehdi Kheak, un puissant opérateur économique Libanais, proche de la Présidence de la République gabonaise, lequel est également poursuivi par deux jeunes gabonais pour des faits d’escroquerie et abus de confiance dans le cadre d’un partenariat de vente de véhicules convenu courant 2018.
L’affaire commence début 2018, lorsque l’opérateur économique de nationalité libanaise, Mehdi Kheak et Martial Alexis Madia Simbat, jeune Gabonais, conviennent d’un accord verbal en vue d’importer des véhicules. Ne se doutant de rien, surtout des intentions de Mehdi Kheak, Martial Alexis Madia Simbat accepte la proposition du libanais de percevoir pour ses prestations 10 % pour chaque véhicule vendu. Étant déjà transitaire et pour éviter d’être juge et partie, Martial Alexis Madia Simbat décide alors de créer l’entreprise individuelle OUSOTO avec l’identité de son frère cadet, Germain Madia Lengobouanet, qui devient alors le premier responsable de la société.
L’affaire conclue, Mehdi Kheak se frotte les mains, convaincu de se faire plein les poches. Bénéficiant de ses relations à la présidence de la République et de sa proximité avec Brice Laccruche Aliahanga, directeur de cabinet d’Ali Bongo au moment des faits, le géant commerçant va décrocher de par ses réseaux mafieux un marché, celui de livrer près de 1000 véhicules à la Présidence de la République. Pour ses transactions, Mehdi Kheak va créer un compte courant (2061 9900 201) à Orabank Gabon au nom de la société OUSOTO. Un compte qui sera sous la responsabilité d’Hussein Daher, neveux de Mehdi Kheak. Le relevé bancaire va d’ailleurs attester des nombreuses transactions. La période du 21 janvier 2019 au 29 janvier 2019, 400 millions ont été versés. Ce n’est pas tout puisque la totalité des transactions donne un montant de plus de 12 milliards 631 055 000 millions versés à l’espace d’un an. Des transactions bancaires qui vont se faire à l’insu des responsables de l’entreprise OUSOTO. À en croire d’autres sources, plusieurs comptes auraient été créés par ce même personnage pour dissimuler l’origine des fonds obtenus illégalement.
Arrestation de Brice Laccruche Aliahanga, mise à nue des activités de Mehdi Kheak
À la suite du déclenchement de l’opération anti-corruption «Mamba», le directeur de cabinet d’Ali Bongo, Brice Laccruche Aliahanga est interpellé le 3 décembre 2019 et jeté en prison. Une descente aux enfers de l’ancien tout-puissant dircab, qui va permettre aux enquêteurs de tomber sur plusieurs dossiers de blanchiment de capitaux, de détournement de fonds publics et autres malversations. Dans le viseur, l’entreprise OUSOTO ne va pas échapper à cette opération. Germain Madia Lengobouanet et Martial Alexis Madia Simbat sont convoqués par les agents des services spéciaux pour s’expliquer sur l’origine de ces montants colossaux.
Une entreprise à sous, un gros nom derrière.
Lors de l’interrogatoire, un nom est cité : Mehdi Kheak, désigné comme propriétaire des sous et responsable de toutes les transactions bancaires. Les enquêteurs vont également découvrir une grosse supercherie : l’entreprise OUSOTO avait bénéficié d’une minoration des valeurs sur les droits et taxes douanières. En rappelant les dossiers d’importations de la société OUSOTO, la douane découvre de fausses déclarations de valeurs et décide de faire un redressement qui va se chiffrer à 3.527.950.852 FCFA (droits compromis).
En plus de voler à l’Etat gabonais, Mehdi Kheak est également accusé d’avoir escroqué les frères Madia après s’être servi de leur emprise et leur identité pour se faire une bonne santé financière. « J’ai été jeté en prison pour des fautes qui incombent à Mehdi Kheak. En plus de ce traitement, il n’a pas respecté son engagement. Nous avons porté plainte, mais sans succès. Nous avons adressé des correspondances aux autorités du pays, dont le Président de la République, chefs du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais nous sommes sans suite », a indiqué Martial Alexis Madia Simbat.
Pour leurs droits et dommage d’intérêts, les frères Madia réclament que leur soit versé par Mehdi Kheak, la somme de 5 milliards de FCFA. Il sollicite également l’intervention du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Affaire à suivre
