« Le rôle d’un Etat est également de veiller à la sécurité et au bien-être de sa population. Or, depuis 15 ans que notre papa a été assassiné en Guinée-Équatoriale et que nous cognons sur toutes les portes pour que justice soit faite, notre pays semble nous avoir tourné le dos, préférant nous laisser vivre dans la douleur et dans la tristesse ». C’est par ce cri de détresse que les enfants de feu Thomas Mbega Allou, agacés et abandonnés à leur triste sort, manifestent leur frustration face à l’indifférence dont ferait montre le gouvernement gabonais. Mort en Guinée-Équatoriale dans des conditions encore non élucidées, courant novembre 2011, ce drame qui a précipité la disparition de l’adjudant-chef major Thomas Mbega Allou, militaire gabonais en service à Oyem, continue de faire parler de lui et suscite un chapelet d’interrogations. Agacés par le silence, la douleur et l’abandon de la société, les enfants et femmes du défunt ont à nouveau interpellé le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, afin que ce dossier connaisse un dénouement heureux.
« Depuis que notre père a été tué, nous vivons dans la confusion, dans le flou. Nous ne savons pas par où commencer. 15 ans, aujourd’hui, c’est la même chose. Rien n’avance et on dirait que la justice n’appartient qu’aux uns et non aux autres. Depuis ces années, nous courrons en vain après chaque détail, espérant avoir plus d’informations sur la mort de papa. Ni les autorités guinéennes, ni les autorités gabonaises, personne ne nous explique exactement les circonstances qui entourent la mort de notre père. Ce qu’on nous dit, c’est que le corps aurait été retrouvé criblé de balles. Pourquoi l’ont-ils tué ? Qui en sont les auteurs ? La question reste sans réponse officielle », déplore en larme, Ben Essono Mbega, fils du défunt.
Après l’annonce du décès du soldat gabonais, la famille n’est pas restée à se morfondre. Poussée par la détermination et le courage d’en savoir un peu plus, elle a entamé toutes les démarches auprès des autorités des deux pays, dans l’espoir que la vérité jaillisse et que la dépouille soit rapatriée au Gabon. « Nous avons cogné sur toutes les portes, toutes les admirations de notre pays, mais depuis 15 ans, on nous ballade sans que personne ne partage notre peine », a-t-il ajouté.
« Nous avons adressé plusieurs correspondances à la présidence de la République, mais nous ne savons pas si réellement le chef de l’État les a reçus ».
Privés de leur père, les enfants accusent ce drame d’être à l’origine des nombreuses difficultés auxquelles ils font face. Ils vivent désormais de manière éparse « les uns à Oyem et les autres à Libreville, dans plusieurs quartiers différents. Une réalité qui contraste avec l’époque où la cellule familiale était soudée autour du regretté chef de famille Thomas. « Quand j’ai eu le bac, j’ai été contrainte d’abandonner les études faute de soutien. Je me débrouille par des petites activités qui me permettent de me prendre en charge », explique Samantha Mbega Allou, fille du défunt.
En plus du récit axé sur les nombreuses difficultés, les orphelins ont à nouveau sollicité le regard du père de la nation, Brice Clotaire Oligui Nguema. « Mr le Président de la République, la situation est alarmante. Nous avons une apparence humaine parce que nous respirons, mais en réalité notre intérieur est rempli de larmes et nos cœurs battent au ralenti au point de vouloir arrêter de fonctionner. Papa avait deux femmes et elles sont malades car frappées par l’AVC. Nous avons perdu tout espoir. Nous nous tournons vers vous pour entendre nos pleurs, pour panser nos blessures.
Monsieur le Président, nous sollicitons le rapatriement du corps de notre père, peu importe l’endroit où il a été déposé. Nous avons besoin de faire le deuil et de l’enterrer dans la dignité et l’intimité familiale», conclu le fils du défunt.
